LE FEU, LE SANG, LES ETOILES

de Caroline Deruas

Le Feu, le sang, les étoilesFrance | 2008 | 16’  | Fiction | Critique Stardust

Production : les films au long cours
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Réactions de la jeunesse de gauche au lendemain des élections. Du désarroi au sursaut, en passant par les larmes, la colère. Par où s’en sortir, par où fuir ?


Filmographie récente de Caroline Deruas :
- Court métrage
Les Astres noirs de Yann Gonzales (2009) | Scripte
Les Filles de feu de Jean-Sébastien Chauvin (2008) | Actrice
L'Etoile de Mer (2006) | Réalisatrice, Scénariste

- Long métrage
Les Amants réguliers de Philippe Garrel (2005) | Actrice


Stardust memories

Le Feu, le sang, les étoiles de Caroline Deruas

par Raphaël Clairefond


Paris et ses vieux appartements, le noir et blanc charbonneux, les fermetures à l'iris, la jeunesse et le spectre de la révolution... Tout ça ne vous rappelle rien ? Ah, si, c'est forcément un film de Garrel. Et bien presque, puisque c'est sa femme qui officie derrière la caméra. Devant, la fille et le grand-père (l‘immense acteur, Maurice Garrel). C'est d'abord le premier problème que pose le film : comment aborder un film qui a tout d'un film de Garrel sans en être vraiment un ? Même quand on aime le cinéaste et ses effets désuets, on ne peut qu'être gêné par un tel degré de mimétisme.

Mais revenons tout de même au récit, parce qu‘après tout, il en vaut la peine. Situé au lendemain de l'élection de Nicolas Sarkozy, il prend acte, comme d'autres avant lui, de l'échec de l'utopie révolutionnaire. Ainsi, ceux qu'on nous présente comme les jeunes gauchistes d'aujourd'hui se suicident-ils après une discussion particulièrement stupide. La scène n’est pas sans évoquer les suicides en chaîne inexpliqués de Phénomènes (M. Night Shyamalan, 2007). La réaction, absurde ou disproportionnée, semble appeler une distance que le film va s’appliquer ensuite à consolider.

L‘enfance (incarnée par l'adorable fille du couple de cinéastes) et ses rêves nous sont alors présentés comme le dernier lieu d'une révolte possible, d'une croyance en un avenir meilleur. Et pour qu'elle continue à danser sur les cendres du siècle passé, il ne faudrait pas oublier de lui transmettre ce patrimoine artistique, ces idoles, ces étoiles (Dylan, Orwell, Desnos etc.) qui ont nourri la flamme de ses ancêtres. La mise en scène de ce passage de relais s'apparente néanmoins à une forme de perpétuation d'un certain milieu artistique issu de Mai 68 qui semble vivre à Paris comme sous cloche depuis quelques années et dont Philippe Garrel est l'un des plus illustres représentants. C'est un peu le film d'une génération qui fait le constat de son échec et qui ne peut plus désormais que se reposer sur la fraîcheur, l'innocence et la naïveté de ses enfants pour continuer à défendre ses idéaux.

Hélas, cet apparent renoncement à une forme collective d'émancipation sembler aller de pair avec une conception très individualiste de la vie comme accomplissement hédoniste et poétique de « ses » propres rêves. C'est sans doute la raison pour laquelle la profession de foi de la jeune fille s'imaginant présidente de la République est montée ironiquement avec, en contrechamp imaginaire, des officiels chinois levant le poing en guise de soutien. La société, on ne la changera pas, les utopies, on y croit plus, mais nous continuerons dans notre coin à réciter des poèmes en collant au mur des photos de Bob Dylan. Ne reste plus qu'à jouer aux Indiens, jouer la résistance, avec Maman.

Au travers de cette relation entre une mère et sa fille, cloîtrées dans leur chambre comme pour faire mieux taire la rumeur du monde, c'est au fond une sort d'état adolescent un peu inconscient et tout à fait insouciant qui est ici célébré. Et cette célébration d'une forme classique de repli sur soi, sur fond de dandysme désinvolte, aussi gaie et sympathique soit-elle sur le moment, laisse tout de même un arrière-goût un peu amer.


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Le Feu, le sang, les étoiles de Caroline Deruas

par Arnaud Hallet

Le Feu, le sang, les étoiles, voilà un titre qui évoque déjà le cinéma de Philippe Garrel. Actuelle compagne du cinéaste, Caroline Deruas réalise un film sous influence mais un film d’une importance extrême. D’abord pour son sujet qui aborde frontalement l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007 et le désespoir qui règne suite à cette annonce. Ensuite pour cet attachement profond à une forme cinématographique rare et qui entre ici en adéquation parfaite avec le sujet : lutter contre un nouveau président et la dangereuse voie dans laquelle la France s’engouffre avec une forme cinématographique et des idéaux éternels. Le Feu, le sang, les étoiles lance un appel, un cri sur pellicule qui pourrait être : on a brûlé les utopistes sur un bûcher. Le film est compartimenté en trois parties : premièrement, la relation entre la mère et la fille, question de transmission où le refuge dans l’imaginaire devient le sommet de résistance, deuxièmement le bref portrait d’un groupe de jeunes idéalistes qui finissent en partie par mettre en scène leur suicide, l’échec même des résistants et grande mélancolie et découragement face à la terreur, et enfin une discussion entre la petite-fille et son grand-père, retour aux legs entre les générations et mise en garde contre les mangeurs de rêves. Caroline Deruas signe là un film poétique et résistant, une court-métrage qui réclame un grand frère, vivement le long-métrage.


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Le Feu, le sang, les étoiles de Caroline Deruas

par Anne Grall

Ce qui séduit dans Le feu, le sang, les étoiles c‘est son intemporalité, filmé à la manière d’un Garrel, auquel il subtilise sa voix off, son noir et blanc, sa liberté et un peu ses idées, le film transpose des thèmes soixante-huitards à l’époque actuelle.

Comme si l’auteur voulait rappeler à nos bons souvenirs l’existence des intellectuels de gauche qu’on avait presque oublié. Si certains se meurent de dépit, d’autres poursuivent la lutte et font des enfants qui porteront les espoirs de demain.

On a tout d’abord une sensation de plaisir cinématographique face aux images fortes et à la beauté physique des êtres filmés, toutefois la mise en scène transmet un doute quant à son propos et un léger malaise.

On ne sait pas toujours où le message politique se situe : y a-t-il un échappatoire à cette énième victoire de la droite qui afflige ses protagonistes ? La rébellion semble aujourd’hui si condamnée que même les révolutionnaires n’y croient plus. L’espoir ne réside plus que dans le regard d’une petite fille qui copie sa mère. Mais l’histoire ne dit pas ce qui arrivera le jour où elle se forgera ses propres idées.

Le malaise provient de l’aspect « film de famille ». L’attrait de la fiction n’est-il pas entre autre de se départir de la sensation de voyeurisme que génère parfois le documentaire ? Ici, la vision de ses protagonistes dans des rôles qui semblent être des émanations de leur personne rend le récit quelque peu anecdotique.

Enfin, de belles choses touchantes et un sentiment d’intégrité forgent cette œuvre, et on se souviendra d’un chant si peu patriote dans la France d’aujourd’hui : « Je suis fier de ne rien faire, fier de ne savoir rien faire »….


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Stardust Memories, magazine culturel et cinématographique
http://www.stardust-memories.com/
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PROGRAMME INTERNATIONAL #1
Samedi 29 août 2009 - 19h30 | Plein air | Parc des Buttes-Chaumont, 75019
Dimanche 31 août - 14h | En salle | La Bellevilloise (au SAS), 75020

 

de Caroline Deruas