LA BATTUE
de Guy Édoin


Canada | 2008 | 20’ | Fiction | 
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Production : LOCOMOTION FILMS
Au cours d’une partie de chasse, une jeune fille annonce à sa mère qu’elle quitte la ferme familiale.

La Battue de Guy Edouin
par Raphaël Clairefond
Le départ, l'émancipation, le rêve d'un ailleurs. Autant de signaux indiquant ce moment décisif qui marque si souvent le passage de l'adolescence à l'âge adulte.
Guy Edouin a fait de ce point de rupture le sujet de son film avec une âpreté et un sens de l'épure dans la composition des plans comme dans les dialogues que n'aurait pas renié Bruno Dumont. La mère et la fille, personnages ruraux du drame, et la campagne canadienne sous la neige se révèlent d'ailleurs être en parfaite adéquation avec ce style si proche de l'œuvre du cinéaste belge. Comme lui, Edouin parvient par de longs plans-séquence à toucher cette part animale de l'homme qui le pousse ici, au moment critique, à transformer sa progéniture en proie, pour ne pas avoir à supporter le poids de son absence, vécue comme un abandon, une lâcheté, une trahison. Moment critique où, de la statue de la vierge, figure de la maternité, pourrait s'écouler des larmes de sang, sans qu'on puisse toutefois penser qu'il s'agisse là d'un miracle.
Ces plans-séquences, il les emboîte donc comme les rails d'un chemin de fer, pour constituer in fine une sorte de boucle tragique qui scelle brusquement le sort de ses personnages. Avec la traque de l'adolescente s'installe aussi un suspens très pur, presque physique et surtout étrange en ce qu'il ne repose pas sur un contrechamp qui donnerait à voir la distance qui sépare le personnage « prédateur » de sa proie. C'est un suspens sonore qui n'est que sanglots, pataugements et respiration saccadée. L'adolescente, dans cette forêt grise et froide, s'embourbe comme dans des sables mouvants et alors qu'elle croit pouvoir s'échapper, chaque nouveau pas semble la rapprocher un peu plus de son issue fatale. En cela, La Battue peut se voir comme une variation brut et sans concession autour d'un thème très prisé par les voisins américains : la chasse à l'homme.
Il faut enfin préciser en guise de conclusion que si ce court-métrage se révèle être aussi marquant, c'est que dans la radicalité de son traitement et le cas extrême qu'il raconte, l'auteur a préféré renvoyer le spectateur à un de ces instants-clé de la vie que tout le monde a pu connaître, plutôt que de se complaire dans la description exotique et naturaliste d'une ruralité un peu sauvage et coupée du monde, que le spectateur pourrait se contenter d'observer l'air amusé, telle une bête curieuse derrière les grilles de l'écran.
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La Battue de Guy Edoin
par Anne Grall
Une partie de chasse dans la forêt canadienne dégénère. Succession de plans fixes dans sa première moitié, ce film est sans concession pour le temps qui passe. Ces tableaux montrent la chasse et ses préparatifs, le long déplacement de la maison vers la traque de bêtes invisibles, la façon dont les humains habitent un espace blanc aux constructions rudimentaires.
Le récit décrit le retour à la sauvagerie qu’offre une partie de chasse. Il ne s’agit nullement du retour que nous citadins opérons de temps en temps, mais d’une chose qui existe bel et bien en continue loin de nous. Les protagonistes du film ne voient jamais une bête et pourtant la terreur et la fuite sont au rendez-vous. Comme si finalement, ce qui a changé aujourd’hui, c’est que les seules bêtes des bois sont les humains.
La fillette devenue grande et bête qui se dessine derrière le personnage maladroit de l’héroïne, veut s’échapper de cet immobilisme étouffant qui plane sur son île. Terre où elle vit percluse avec sa mère et quelques chasseurs depuis la mort de son père. Mais est-elle pour autant prête ? Elle qui est si grosse, si froussarde et peu accomplie. Il semble que sa mère ait choisi d’en décider pour elle.
Au-delà d’une esthétique convaincante qui passe de plans fixes à des plans à l’épaule vers la seconde moitié, on acclame le jeu physique troublant des deux comédiennes, gauche et animale pour l’une, bourrue pour l’autre. Toutefois, on peut s’interroger sur le parti pris du jeu des comédiennes un peu stoïque lors des interactions et dialogues entre les personnages, qui mènent à une forme de théâtralité du jeu.
En effet, cette théâtralité s’oppose à la vision réaliste, voire neo-réaliste que propose ce film sans fard. Dommage, en une gifle de plomb donnée après une réplique énoncée sans nuance, toute cette construction naturaliste et silencieuse s’effondre. Il est parfois mieux que le cinéma reste muet.
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Stardust Memories, magazine culturel et cinématographique
http://www.stardust-memories.com/
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| PROGRAMME INTERNATIONAL #2 |
Dim. 30 août 2009 - 19h30 | Plein air | Parc des Buttes-Chaumont, 75019 Mardi 1er sept. 2009 - 14h | En salle | Carré de Baudoin, 75020 |